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Processus de paix en RDC : Coup de théâtre, Doha reprend la main et convoque à nouveau Kinshasa et le M23

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Dans un rebondissement inattendu, les médiateurs qataris ont convoqué en urgence les délégations du gouvernement congolais et de l’Alliance Fleuve Congo/M23 pour une nouvelle session de pourparlers à Doha. Cette initiative intervient alors que le processus de paix, pourtant encadré par l’accord-cadre signé en novembre dernier, vacille sous le poids des violations répétées du cessez-le-feu et d’une méfiance persistante entre les deux camps.

Selon plusieurs sources proches du dossier, l’émirat entend « éviter l’effondrement d’un processus déjà fragile ». Les médiateurs auraient ainsi appelé Kinshasa et l’AFC/M23 à renouer rapidement le dialogue, afin de revitaliser le mécanisme conjoint de surveillance du cessez-le-feu et de sauver les mesures de confiance prévues par le cadre de Doha.

Un processus constamment sous tension

Depuis la signature de l’accord de principes en juillet 2025 puis de l’accord-cadre de novembre, Doha s’était imposé comme l’arène diplomatique centrale du dossier congolais. Mais la situation sur le terrain a mis à rude épreuve les engagements des deux parties : accrochages sporadiques, accusations croisées de violations du cessez-le-feu, absence de progrès substantiels sur l’échange de prisonniers et la restauration de l’autorité de l’État dans les zones affectées.

Ces turbulences ont contribué à figer la dynamique de paix et à alimenter un climat de profonde méfiance. C’est précisément ce verrou que Doha tenterait aujourd’hui de briser.

Le Qatar tente de sauver le cadre de paix

En rappelant les délégations, le Qatar cherche à remettre en marche les mécanismes techniques prévus dans le cadre de novembre :

activation opérationnelle du mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu ;
reprise des discussions sur l’échange des prisonniers sous supervision du CICR ;
engagements humanitaires urgents ;
formalisation des protocoles sécuritaires préalables à l’ouverture de négociations politiques plus larges.
Les médiateurs insistent sur la nécessité d’avancer avant que la perte de confiance mutuelle ne rende toute solution diplomatique quasi impossible.

Coup de théâtre : Doha réapparaît après le transfert du processus vers Lomé

Pour de nombreux observateurs, cette convocation de Doha a tout d’un véritable coup de théâtre. Il y a à peine quelques semaines, le processus semblait avoir changé de centre de gravité : à la demande de plusieurs acteurs régionaux et de l’Union africaine, le dossier avait été transféré vers la facilitation africaine, sous leadership togolais.

Lomé avait alors accueilli une réunion de haut niveau réunissant les facilitateurs de la CIRGL, de la Communauté de l’Afrique de l’Est, de la SADC et de l’UA, avec pour ambition de rationaliser les différentes initiatives diplomatiques et de rassembler toutes les médiations dans un seul cockpit africain. Ce recentrage devait permettre de replacer la résolution de la crise congolaise sous une architecture continentale cohérente, tout en donnant à Lomé un rôle de pivot dans la consolidation des efforts de paix.

Le retour en force du Qatar, qui reprend l’initiative en convoquant à nouveau Kinshasa et le M23, déjoue cette dynamique et révèle à quel point le dossier reste fluide, disputé et sujet à de constantes reconfigurations entre médiateurs africains et partenaires internationaux.

Une opportunité décisive, mais à haut risque

Qu’à cela ne tienne, si cette convocation est perçue par certains comme un signe d’espoir, elle reste entourée d’incertitudes. Les délégations arriveront-elles avec une volonté réelle de compromis ? Les violations du cessez-le-feu peuvent-elles être contenues ? Le dialogue reprendra-t-il sur des bases plus solides ?

Une chose est sûre : Doha vient de rouvrir une fenêtre politique que beaucoup pensaient refermée.

Reste désormais à savoir si Kinshasa et l’AFC/M23 sauront en faire un véritable tournant vers une paix durable dans l’est de la RDC.

Roland ISUKU BULAMBO