
Vue aérienne nocturne de la ville de Goma
À l’aube, la ville de Goma s’est réveillée dans la peur et la confusion. Des explosions ont frappé le quartier de Himbi vers 4 heures du matin, provoquant la mort de plusieurs civils, dont une employée humanitaire française travaillant pour l’UNICEF. Immédiatement, la machine de communication de la rébellion s’est mise en marche : l’attaque serait l’œuvre de Kinshasa.
Mais à mesure que les images circulent et que les témoignages se recoupent, une autre lecture de l’événement prend forme : une version qui met directement en cause l’alliance rebelle AFC/M23, déjà accusée par les autorités congolaises de manipuler l’information pour retourner l’opinion internationale.
Une attaque aux zones d’ombre
Depuis janvier 2025, Goma vit sous la pression militaire et politique de la coalition AFC/M23, soutenue selon Kinshasa par le Rwanda , une accusation régulièrement rejetée par Rwanda mais documentée par plusieurs rapports internationaux.
Mercredi matin, quelques minutes après les explosions, des cadres de la rébellion ont affirmé que des drones de l’armée congolaise étaient responsables. Pourtant, plusieurs éléments troublants remettent en question cette version.
Des analystes militaires et des observateurs locaux soulignent notamment une différence notable entre les images de cette explosion et celles des frappes précédemment revendiquées par les Forces armées de la République démocratique du Congo. Dans les vidéos diffusées par les porte-parole du M23 eux-mêmes lors d’anciennes attaques , notamment par le responsable de communication du mouvement, Willy Ngoma , les frappes de drones congolais produisent généralement des explosions limitées et ciblées.
Or, dans la vidéo filmée à Himbi, l’embrasement apparaît bien plus large et désordonné, ce qui alimente les soupçons d’une mise en scène ou d’une opération mal maîtrisée.
Une diversion dans un moment militaire délicat
Plusieurs sources sécuritaires à Goma avancent une hypothèse : l’attaque pourrait être une diversion orchestrée par l’AFC/M23 pour retourner la pression internationale contre Kinshasa.
Ces dernières semaines, la rébellion ferait face à des difficultés croissantes sur certaines lignes de front dans le Nord-Kivu. Dans ce contexte, un incident impliquant une victime humanitaire étrangère pourrait servir d’arme de communication contre le gouvernement du président Félix Tshisekedi.
L’objectif serait clair : présenter Kinshasa comme responsable de frappes indiscriminées contre les civils afin d’obtenir un regain de sympathie diplomatique et humanitaire.
La bataille de l’image
La mort de cette humanitaire souligne surtout la guerre parallèle qui se joue désormais dans l’Est congolais : une guerre de communication. Depuis des mois, Kinshasa accuse la coalition AFC/M23 et ses soutiens régionaux de mener une stratégie mêlant opérations militaires, désinformation et instrumentalisation médiatique.
Dans une ville coupée du monde par les combats : aéroport paralysé, système bancaire perturbé, inflation des prix alimentaires , chaque incident devient immédiatement un enjeu politique international.
Pour le gouvernement congolais, la priorité reste la même : restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et mettre fin à ce qu’il considère comme une occupation soutenue de l’extérieur.
Une question centrale
Dans ce contexte, une interrogation domine désormais les discussions à Kinshasa comme à Goma : à qui profite réellement cette attaque ?
Si les faits confirment que l’explosion ne correspond pas aux modes opératoires habituels des forces gouvernementales, l’incident pourrait se retourner contre ceux qui ont tenté d’en exploiter l’impact politique.
Car au-delà de la tragédie humaine, une certitude s’impose : dans la guerre du Kivu, la bataille ne se joue plus seulement sur les collines ou les routes stratégiques, mais aussi dans la fabrication du récit international.
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