
À l’aube, des milliers de Kinois ont compris que la journée serait longue. Aux arrêts de bus, sur les grands axes et aux carrefours de la capitale, une scène familière s’est répétée ce lundi matin : des foules compactes, des regards fatigués et presque aucun véhicule pour les transporter.
Kinshasa, mégapole de plus de quinze millions d’habitants, s’est réveillée une nouvelle fois presque sans transport en commun.
Taxis et taxi-bus absents, longues marches improvisées, motos prises d’assaut. Pour beaucoup d’habitants, il n’y avait qu’une solution : marcher des kilomètres pour rejoindre le travail, l’école ou l’hôpital. Dans plusieurs quartiers, les rares véhicules encore en circulation ont immédiatement augmenté les tarifs, aggravant la colère et l’impuissance des usagers.
À l’origine de cette paralysie : un mouvement de protestation des chauffeurs de transport en commun. Les conducteurs dénoncent les tracasseries policières et administratives, les contrôles permanents et les amendes jugées abusives sur les routes de la capitale. Selon eux, travailler est devenu presque impossible sans subir des prélèvements informels ou des pressions sur les axes routiers.
Mais au-delà de la colère des chauffeurs, c’est surtout l’incapacité chronique de la gouvernance urbaine qui éclate au grand jour. Comment une capitale de l’importance de Kinshasa peut-elle être paralysée du jour au lendemain par l’arrêt de quelques milliers de véhicules privés ? Où sont les alternatives publiques ? Où sont les bus capables d’absorber la demande d’une population en constante croissance ?
Cette situation met en lumière un problème structurel : le transport urbain de Kinshasa repose presque entièrement sur des initiatives privées et informelles. Lorsque les chauffeurs arrêtent de travailler, la ville s’arrête avec eux.
Les autorités provinciales et les services urbains des transports sont aujourd’hui interpellés. Car derrière cette crise répétitive se cache une réalité plus profonde : l’absence d’une véritable politique de mobilité pour les Kinois. Ni plan clair de transport public, ni régulation efficace, ni protection réelle des usagers.
Les habitants, eux, paient le prix de ce désordre permanent. Ils perdent des heures sur la route, dépensent une part importante de leurs revenus pour se déplacer et vivent dans l’incertitude permanente d’un système qui peut s’effondrer du jour au lendemain.
La question est désormais simple : combien de journées de chaos faudra-t-il encore pour que les autorités de Kinshasa prennent enfin la mesure de l’urgence ? Car dans une capitale moderne, le transport n’est pas un luxe. C’est un service public essentiel. Et aujourd’hui, à Kinshasa, ce service fait cruellement défaut.
Roland ISUKU BULAMBO