Sénat : rentrée parlementaire sous le poids de la guerre et des doutes
Sénat : rentrée parlementaire sous le poids de la guerre et des doutes

Au Sénat comme à l’Assemblée nationale, les discours appellent à l’unité face aux crises sécuritaires et économiques. Mais l’opposition dénonce un pouvoir « en décalage avec la réalité du pays ».
Au Palais du Peuple de Kinshasa, les mots étaient solennels. Les inquiétudes, elles, bien réelles.
Ce lundi 16 mars, les deux chambres du Parlement de la République démocratique du Congo ont rouvert leurs portes pour la session ordinaire de mars. Une rentrée parlementaire placée sous le signe de la guerre à l’Est, des incertitudes économiques et d’une pression sociale croissante.
Au Sénat, le président de la chambre haute, Jean-Michel Sama Lukonde, a donné le ton dès l’ouverture officielle.
« Conformément aux dispositions de la Constitution (…) la session ordinaire de mars 2026 s’ouvre ce jour, lundi 16 mars », a-t-il déclaré, avant d’appeler les sénateurs à « des réponses institutionnelles coordonnées, efficaces et résilientes » face aux crises qui secouent le pays.
Un diagnostic qui se veut lucide, mais qui ne dissipe pas les critiques d’une opposition convaincue que les institutions peinent à suivre la gravité de la situation.
L’Est, guerre permanente au cœur du débat
Comme à l’Assemblée nationale, l’essentiel du discours de Sama Lukonde a été consacré à la situation sécuritaire dans l’Est.
Depuis plus de trois décennies, rappelle-t-il, la partie orientale du pays reste marquée par les violences armées. Aujourd’hui encore, les combats impliquant la rébellion AFC/M23 , que Kinshasa accuse d’être soutenue par le Rwanda , continuent de déstabiliser les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le président du Sénat a également pointé l’activisme des Forces démocratiques alliées (ADF), responsables de nombreuses attaques dans l’Est.
Dans ce contexte, il a rendu hommage aux Forces armées congolaises et aux groupes d’autodéfense dits « Wazalendo », engagés notamment en Ituri.
Autre sujet évoqué : les attaques par drones kamikazes contre l’aéroport international de Bangboka à Kisangani, que Sama Lukonde a condamnées « avec la plus grande fermeté ».
Diplomatie sous pression
Le président du Sénat a aussi salué les sanctions prises par les États-Unis contre certains responsables militaires rwandais, tout en plaidant pour une stratégie mêlant fermeté et diplomatie.
Dans les prochaines semaines, le Parlement devra notamment se pencher sur deux textes sensibles : la ratification d’accords économiques conclus avec les États-Unis et l’examen de l’accord de paix signé avec le Rwanda. Un exercice politique délicat.
« Nous devons nous approprier ces accords et en assurer le suivi rigoureux », a insisté Sama Lukonde.
Mais dans l’opposition, plusieurs voix dénoncent déjà des engagements internationaux négociés « sans véritable débat national ».
L’économie, autre front fragile
Au-delà de la guerre, le président du Sénat a reconnu que la situation socio-économique reste préoccupante.
Chômage des jeunes, érosion du pouvoir d’achat, retards de paiement dans la fonction publique : autant de signaux d’alerte évoqués dans son discours.
« Chaque franc mobilisé doit être affecté avec rigueur et responsabilité », a-t-il martelé, appelant à un équilibre entre dépenses sécuritaires et investissements sociaux.
Le Sénat attend notamment du gouvernement un projet de loi de finances rectificative pour 2026, censé ajuster le budget face aux pressions économiques et aux dépenses militaires.
La majorité défend l’« effort national »
Dans les rangs de la majorité présidentielle, ces discours sont perçus comme la preuve d’une mobilisation institutionnelle face à une crise exceptionnelle.
Pour plusieurs élus proches du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le Parlement doit accompagner les réformes économiques et les efforts diplomatiques engagés par le chef de l’État.
Ils mettent notamment en avant la stratégie visant à valoriser les ressources minières stratégiques du pays et à attirer de nouveaux investissements internationaux.
L’opposition dénonce un Parlement « spectateur »
Mais l’opposition, elle, se montre beaucoup plus sévère.
Certains parlementaires accusent les institutions de multiplier les discours sans apporter de réponses concrètes aux crises sécuritaires et sociales.
« Le Parlement parle de ratifier des accords internationaux pendant que des millions de Congolais fuient les combats », critique un sénateur opposant.
D’autres dénoncent un contrôle parlementaire jugé trop timide face à l’exécutif.
Dans un contexte où l’insécurité s’étend désormais aussi à certaines zones de l’Ouest du pays , notamment avec les violences liées aux groupes Mobondo , plusieurs élus redoutent une crise sécuritaire de plus en plus diffuse.
Une session sous haute tension politique
Officiellement, cette session parlementaire devra permettre d’apurer plusieurs arriérés législatifs, d’examiner de nouveaux projets de loi et de renforcer le contrôle de l’action gouvernementale.
Mais derrière l’agenda institutionnel se joue une équation plus profonde.
Entre guerre persistante à l’Est, fragilité économique et pression sociale croissante, le Parlement congolais entame une session où les attentes de la population dépassent largement les discours protocolaires.
Dans les rues de Kinshasa comme dans les provinces, beaucoup attendent désormais autre chose qu’une simple rentrée parlementaire : des décisions capables de changer le cours d’une crise qui dure depuis trop longtemps.
actu10.com